Le vendredi 22 janvier dans la soirée, les
quinze demandeurs d’asile se trouvaient à bord d’un autobus en
direction de la ville de Oujda, quelques passagers ont protesté contre
la manière inacceptable dont les demandeurs d’asile étaient traités.
Des agents de police en civile ont alors procédé a la réception du bus
à l’entrée de la ville de Rabat et ont fait descendre les quinze
demandeurs d’asile, avant de les faire monter dans un autre autobus
réquisitionné pour l’occasion. Les quinze demandeurs d’asile sont
arrivés à Oujda samedi matin et se trouvent en ce moment dans le
commissariat central de Oujda.
D’après les informations
recueillies, les instructions pour la reconduite des quinze demandeurs
d’asile auraient émanées, de manière orale !, du procureur auprès du
tribunal de première instance de la ville de Marrakech. Cette nouvelle
pratique (instructions orales) à également été constatée depuis
quelques mois dans différentes régions du Maroc, cela nécessite de
notre part un certain nombre de précisions :
- La
reconduite à la frontière est une décision qui relève de la compétence
de l’administration, et doit se faire, par décision motivée [article 21
de la loi 02-03]
- La notification de la décision de
reconduite à la frontière est un impératif qui ouvre la voie à
l’exercice des voies de recours [article 23 de la loi 0203]
-
La désignation du pays d’éloignement est une décision distincte de la
mesure de reconduite, elle est prise sur la base de la détermination de
la nationalité de l’étranger et ne peut en aucun cas être exécutée si
l’étranger bénéficie du statut de réfugié ou s’il n’a pas été statué
sur sa demande d’asile [article 29 de la loi 02-03]
Le
GADEM avait souligné à plusieurs occasions que la loi 02-03 ne permet
pas au procureur de se substituer à l’administration, du fait même de
sa qualité d’officier supérieur de la police judiciaire se trouvant
sous l’autorité hiérarchique de Monsieur le Ministre de la justice. En
conséquence toute décision de reconduite prise par le procureur est
illégale et constitue une voie de fait susceptible de poursuite devant
les juridictions compétentes. L’indépendance de la justice se trouve
gravement compromise par une telle substitution.
Par
rapport aux dispositions de l’article 29 de la loi 02-03, bien que sur
le plan juridique, un document de rendez vous délivré par le HCR, n'a
pas la même valeur qu'une attestation de demande d'asile ou de réfugié,
il existe, néanmoins, de sérieux indices que les personne reconduites
sont effectivement entrées en contact avec le HCR et que la procédure
d’asile est déclenchée et sont donc considérées comme étant des
demandeurs d'asile jusqu'au moment de l’instruction de leurs demandes.
Ce document a été montré par les migrants aux autorités qui sont donc
en possession du numéro d’enregistrement de leur demande auprès du HCR.
Ce dernier s’est déplacé sur place après avoir été contacté par des
militants et a confirmé l’enregistrement de la demande d’asile de ces
15 personnes qui attendent leur prochain rendez-vous au HCR.
Rappelons
que les opérations d’arrestation, d’enfermement et de reconduite de
migrants d’origine subsaharienne restent une pratique constante des
autorités marocaines depuis qu’elles se sont inscrites dans la logique
de guerre aux migrants financée par l’Union européenne et ses Etats
membres et mise en œuvre dans une logique purement sécuritaire,
négligeant largement le respect des droits humains et des engagements
internationaux.
Nous demandons aux autorités marocaines
de respecter les dispositions de la loi 02-03 et de s’abstenir de
refouler des personnes vers les no man’s land de la frontière
algero-marocaine, ainsi que vers la frontière marocco-mauritanienne
dont le seul nom de « kandahar » révèle la dureté. Et dans l’immédiat
de permettre aux quinze demandeurs d’asile de revenir à Rabat afin de
pouvoir poursuivre leur procédure de demande d’asile auprès du HCR
Nous
exigeons l’ouverture d’un débat national autour de l’application de la
loi n°02-03 dans l’optique sa révision et de son adéquation avec les
engagements internationaux du Maroc, notamment au niveau de la garantie
des droits de défense et le droit au recours effectif.
Rabat 23 janvier 2010
--
Association GADEM
78, Avenue Allal Ben Abdellah
Appt. 31, 3éme Étage
Rabat - 10 000 - Maroc
Tel / Fax : +212 5 37727878
E-mail : gademm@gmail.com
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